À quoi joue cette bibliothèque La Comédie Noire ?

À la lumière d’une société où les rapports marchands se font de plus en plus prégnants, où le pouvoir et l’argent se concentrent de plus en plus entre les mains de quelques uns et où la liberté rime avec obéir, cloisonnement national, surveillance, contrôle social et abêtissement matérialiste, un horizon contre-culturel résiste et construit un en dehors.

La Comédie Noire est un de ces endroits où se construisent des autres espaces de liberté. Où se rencontrer et débattre, perpectives et expériences, idées et pratiques peuvent se répondent afin d’en finir avec ce monde mortifère fondé sur des logiques d’exploitation, de domination, de hiérarchisation et d’autorité. Et à une époque où les écrits comme les humains se voient de plus en plus réduits à leur seule dimension marchande, la bibliothèque se veut être un endroit dans lequel les écrits s’empruntent sans que l’argent ne soit une barrière. Où les rapports sociaux ou de classe sont enfin éteints. Où ne danse que la flamme de la liberté libérée des frontières mentales, sociales, économiques, patriarcales et évidemment patriotardes.

Lors des permanences du lundi et du samedi, tu pourras venir emprunter des livres (rangés, catégorisés et classés par ordre anarchique) et consulter sur place les archives, ou farfouiller dans l’infokiosque pour trouver tracts, brochures et publications anarchistes et anti-autoritaires autour d’une boisson chaude. Les lundis, des compagnons.Es dispenseront aussi des cours de Français Langues Étrangères quand d’autres les samedis tiendront une permanence syndicale sur le droit du travail et sur la manière de changer de patron. Mais surtout sur la manière d’apprendre à vivre sans en fait. À la volée ou avec préparation minutieuse, se dérouleront des discussions, rencontres, présentations, débats, projections autour d’une lutte, d’une révolte, d’une période ou d’un bouquin…

Autant d’occasions de quitter les chemins aliénants de la résignation et d’affiner ses critiques pour ici et maintenant. C’est aussi une façon d’aller à l’encontre d’un monde atomisant qui voudrait faire de nous des individus sans passé ni avenir, écrasés dans des cages qui taisent leur nom, en disposant d’un espace où les idées subversives peuvent s’inscrire dans une certaine continuité. À chacun de faire vivre cette bibliothèque à l’aune de sa propre conflictualité, de se l’approprier comme un moyen parmi d’autres, loin de défendre des programmes politiques où les rapports sociaux restent les mêmes, loin de la propagande démocrate et pro-systémique du capitalisme. Vers une liberté démesurée sans fric ni flics, sans maîtres ni esclaves, parce que tout est toujours possible quand on apprend à voir clair dans le noir.

« Si tout n’était pas si sombre, nous serions en pleine comédie. Seulement voilà, l’heure est tardive, la lumière résiduelle faiblit, l’obscurité nous enserre chaque jour un peu plus, une comédie noire se joue. Et comment respirer dans une monde qui nous étouffe ? On verra. Verra bien. »

1connu